Maman épuisée : pourquoi manque-t-elle d’énergie ?

17% des mères françaises présentent aujourd’hui des signes d’épuisement émotionnel liés à la parentalité, si l’on en croit l’étude de l’Inserm parue en 2023. Le « burn-out maternel » est entré dans le vocabulaire médical il y a moins de dix ans. Pourtant, la réalité de l’épuisement parental reste largement ignorée, tant par les professionnels que par la société elle-même.

Ce phénomène ne se limite pas à une fatigue passagère. Les répercussions sont bien plus larges : le sommeil se dérègle, l’irritabilité s’invite dans les rapports familiaux, la culpabilité devient un bruit de fond et la dépression n’est jamais très loin. Malgré les alertes répétées des associations et des réseaux de soutien, peu de solutions sont mises en place et la reconnaissance des symptômes demeure rare.

Pourquoi tant de mamans se sentent-elles à bout de souffle ?

Le vocabulaire ne manque pas pour qualifier cette réalité : burn-out maternel, épuisement émotionnel, charge mentale. L’ampleur du phénomène se confirme partout en France. Les mères subissent une pression sociale qui les pousse à être présentes sur tous les fronts, à s’investir sans relâche dans l’éducation de leurs enfants, tout en jonglant avec leur vie professionnelle. Cet équilibre imposé, combiné à un manque de reconnaissance et à la solitude, finit par peser lourd.

Dans cette spirale, le sentiment de perdre la main domine. Les décisions à prendre s’enchaînent, l’agenda déborde, les injonctions s’opposent et les imprévus s’ajoutent. Le moindre faux pas nourrit la culpabilité. On exige la perfection des mères mais on ne leur tend pas la main quand elles trébuchent.

Voici les principales formes que prend l’épuisement parental :

  • Épuisement physique : nuits morcelées, tensions corporelles qui s’accumulent.
  • Épuisement émotionnel : irritabilité persistante, sensation d’être au bout de ses ressources.
  • Stress chronique : difficultés à récupérer, anxiété latente.

La crise sanitaire a mis ces fragilités en pleine lumière. Entre télétravail, fermeture des écoles et absence de relais familiaux, le burn-out maternel a pris de l’ampleur. D’après l’Inserm, près de 20% des mères interrogées présentent aujourd’hui des symptômes d’épuisement maternel. Cette réalité soulève une question majeure sur la place accordée à la santé mentale des femmes.

L’isolement reste le terreau de ce mal-être. Il n’y a plus forcément de famille élargie à proximité, les services publics sont débordés et la parole sur la dépression maternelle reste enfermée. Le souffrance s’installe dans le silence.

Reconnaître les signes qui ne trompent pas : quand l’épuisement maternel s’installe

Difficile de pointer du doigt le moment exact où l’épuisement maternel s’installe. Il se glisse dans la routine : la fatigue ne passe pas, le sommeil n’est jamais réparateur, l’agacement monte plus vite, les échanges familiaux se tendent. À force de tout concilier, la mère se heurte à une frontière invisible.

Certains signes s’installent et persistent :

  • troubles physiologiques : migraines, douleurs diffuses, problèmes digestifs
  • troubles émotionnels : accès de colère, pleurs fréquents, anxiété sous-jacente
  • distanciation affective : difficulté à éprouver de la tendresse ou de la patience envers les enfants
  • perte d’accomplissement : sentiment de vide, perte du plaisir dans la parentalité

Lorsque l’épuisement gagne du terrain, le lien avec l’entourage se fragilise. L’isolement, la culpabilité et parfois la dépression s’installent. Le regard des autres, souvent empreint de jugements, étouffe la parole. Des études, telles que celle publiée dans la revue Critique de psychiatrie de l’enfant, révèlent combien ces états sont sous-évalués, au détriment des mères concernées.

Pour celles qui cumulent vie professionnelle et responsabilités familiales, la distinction entre burnout parental et épuisement professionnel s’efface. Les spécialistes de la santé mentale recommandent d’être attentif à ces signaux pour éviter que la situation ne se dégrade davantage.

Des solutions concrètes pour retrouver de l’énergie au quotidien

Affronter le burn-out maternel ne relève pas de l’utopie. Plusieurs démarches, parfois simples, permettent de reprendre le dessus sur l’épuisement. Tout commence par l’acceptation d’un temps pour soi, même court. Lire quelques pages, marcher seule, savourer une boisson chaude sans interruption : ces moments brefs ne relèvent pas de l’égoïsme, ils sont nécessaires pour souffler.

Les recherches menées par Moira Mikolajczak l’ont prouvé : le soutien social fait la différence. S’appuyer sur son conjoint, solliciter un membre de la famille, échanger avec d’autres mères, tout cela aide à briser le cercle de l’isolement. Les groupes de parole, parfois animés par des professionnels, offrent un espace pour déposer ses doutes et ses inquiétudes. Les PMI (Protection Maternelle et Infantile), présentes partout en France, accompagnent gratuitement et en toute confidentialité.

Face à un épuisement durable, consulter un psychologue ou un médecin permet d’identifier la situation et d’envisager des pistes adaptées. Les ouvrages de Stéphanie Allenou (« Mère épuisée », éd. Odile Jacob) ou d’Astrid Lebert-Charron offrent des ressources solides pour mieux comprendre le burn-out parental et trouver des solutions au quotidien.

Répartir les tâches, accepter de déléguer et résister à la culpabilité participent aussi à la reconstruction. Retrouver de l’énergie, c’est avancer à petits pas, faire des choix concrets jour après jour, même s’ils semblent anodins.

Jeune mère dans la cuisine regardant l

Oser demander de l’aide : ressources et accompagnements pour les mamans épuisées

Demander de l’aide n’est jamais facile pour une mère épuisée. La peur d’être jugée, l’impression de ne pas être à la hauteur, freinent la démarche. Pourtant, les réseaux d’accompagnement se renforcent. Les PMI, structures publiques, accueillent gratuitement et en toute confidentialité les parents en difficulté, avec une attention particulière à l’épuisement maternel. Elles proposent des ateliers, des groupes de parole, et des suivis individuels ou en petit collectif.

Faire appel à un psychologue ou à un médecin offre un regard extérieur sur la situation, permet de repérer les signes du syndrome de burn-out et d’orienter vers les bonnes ressources. Plusieurs autrices, parmi lesquelles Stéphanie Allenou (« Mère épuisée »), Catherine Guillaume ou Hélène Bonhomme, partagent témoignages et conseils pour aider à traverser cette épreuve.

Voici quelques ressources sur lesquelles s’appuyer :

  • Groupes de parole animés par des psychologues spécialisés
  • Ouvrages de référence : « Mère épuisée » de Stéphanie Allenou, « Le burn out parental » de Violaine Guéritault
  • Plateformes en ligne d’écoute et de soutien

La charge mentale ne disparaît pas d’un coup de baguette magique. Entourage, associations, professionnels : chaque coup de pouce compte pour alléger le quotidien et sortir de l’isolement. Les travaux de Moira Mikolajczak rappellent la force du collectif et l’importance de briser le silence pour préserver l’équilibre émotionnel. Personne n’a à porter ce fardeau seule.