« Quoi ? Mon enfant a-t-il vu se déshabiller dans cette application ? » Oui, c’est vraiment possible, mais cela ne signifie pas nécessairement que vous devez immédiatement supprimer l’application. Auparavant, lorsque l’on n’avait qu’un téléviseur à la maison, un peu de chacun pouvait apparaître dessus quand les enfants ont sauté d’une chaîne à l’autre. Vous n’avez pas vendu la télé pour cette raison.
Snapchat, c’est un terrain de jeu où les enfants explorent des contenus parfois anodins, parfois… beaucoup moins. L’application donne accès à une galerie de vidéos et de photos partagées par des utilisateurs du monde entier. Si l’un d’eux filme une virée dans un club de strip-tease, c’est exactement ce que votre enfant peut visionner. Rien de bien différent, finalement, de ce qui circule sur Youtube ou d’autres plateformes : la frontière entre contenu adapté et image choquante se traverse en un glissement de doigt. Pourtant, nombre de parents imaginent encore Snapchat comme un simple outil pour échanger des photos rigolotes entre amis ou proches.
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En réalité, Snapchat combine réseau social et messagerie instantanée : discussions à deux ou en groupe, partages de photos, d’anecdotes, de vidéos. Les filtres et effets y sont rois, oreilles de lapin, têtes de pirate désopilantes, ou autres accessoires virtuels transforment les visages en personnages de cartoon. On s’amuse, on partage, parfois à quelques amis, parfois de façon totalement publique.
Mais ce qui attire surtout les jeunes sur Snapchat, c’est ce lien constant avec leur cercle social. L’appli propose par ailleurs une section éditoriale : magazines, vidéos, articles se succèdent dans un flux ininterrompu. Beaucoup de contenus tournent autour des corps mis en valeur, de la sexualité, des scoops people et des brèves façon tabloïd. Jetez un œil à La palette droite superficielle de Snapchat pour mesurer l’étendue de cette vitrine. Sur la capture ci-dessous, on aperçoit quelques-uns des titres disponibles, les enfants guettent parfois la sortie de certains magazines, comme d’autres attendaient leur BD préférée.
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La publicité ne manque pas non plus, y compris des annonces qui flirtent avec la légalité, comme l’a montré l’enquête Sifo de 2019. Pourtant, au milieu de cette avalanche de contenus tape-à-l’œil, il existe aussi des ressources utiles : par exemple, la Norwegian Healthssista, qui informe et accompagne les adolescents norvégiens sur des sujets de santé difficiles à aborder avec les parents. On trouve également des aides pour les devoirs, notamment en mathématiques.
Une autre fonction, moins connue mais très utilisée : la carte interactive. Elle affiche la position des amis, sauf s’ils ont choisi de masquer leur localisation, et signale les lieux où de nombreux utilisateurs viennent de partager des vidéos. Résultat : un accès en temps réel à des événements, des concerts, des rassemblements ou des incidents qui font le buzz localement. En zoomant sur une zone colorée, il suffit de cliquer pour regarder les clips postés à cet endroit précis.
Un exemple frappant : une baby-sitter a repéré une tache rouge à l’extérieur de Paris. Derrière ce point, une manifestation de jeunes diffusée en direct sur Snapchat. L’application devient alors une fenêtre sur des faits divers, sans aucun filtre éditorial : tout et n’importe quoi peut surgir dans un clip, puisque chaque utilisateur partage ce qu’il veut.
En poussant la curiosité, nous avons exploré la carte jusqu’à Moi Rana, sur Hammar Road. Là, un simple point bleu menait à une vidéo d’un chat piégé dans une chaise de transport, suivie d’un clip sur une motoneige à dégeler. Voilà la réalité brute de Snapchat : un mélange d’anecdotes banales et de scènes insolites. Mais il ne faut pas perdre de vue que cette carte, si ludique, peut aussi exposer les lieux de rassemblement des jeunes, avec les risques de sécurité qui en découlent. Pas d’adresse exacte, mais une idée claire de ce qui se passe, où et quand, grâce aux vidéos partagées par la communauté.

Cette carte colorée change en fonction de l’activité : plus il y a de vidéos postées, plus la zone s’illumine. En cliquant, on découvre les clips tournés à cet endroit. Pour beaucoup, c’est une manière de faire de nouvelles rencontres ou de découvrir des événements. Certains utilisent même la fonction « notre histoire » pour envoyer leurs vidéos à une audience mondiale, facilitant ainsi les demandes d’amis venant de tous horizons.
Pour les parents, la question se pose : doit-on vraiment laisser un enfant exposer ses vidéos à des millions d’utilisateurs, ou limiter le partage à un cercle restreint d’amis de confiance ? La Norvège compte à elle seule 2,5 millions de comptes Snapchat (source : Ipsos 2018), tandis que 210 millions de personnes l’utilisent chaque jour dans le monde (Statista 2019). Avant d’autoriser ou non l’application, mieux vaut comprendre comment les photos, vidéos ou données de localisation peuvent circuler.
Certains paramètres méritent un coup d’œil, car ils influencent directement la vie privée et la sécurité des plus jeunes. Parmi les points à vérifier :
- La fonction de partage de position : Est-elle activée ? Vos enfants montrent-ils à tous où ils se trouvent, ou l’information reste-t-elle dans le cercle familial ?
- La gestion des amis : La fonctionnalité Quickadd, qui suggère automatiquement de nouveaux contacts, simplifie l’ajout d’inconnus en un clic. Selon la police norvégienne, ce chemin rapide est parfois utilisé pour envoyer ou recevoir des photos inappropriées.
- Les applications tierces : Certaines, comme Yolo, permettent d’envoyer des messages anonymes sur Snapchat. Une porte ouverte à la cyberintimidation et aux dérapages verbaux. Mieux vaut rester vigilant sur les applis connectées au compte.
Un exemple concret : une enseignante, confrontée à des tensions incessantes dans sa classe, a fini par identifier les réseaux sociaux comme source principale de conflits. Les enfants ne sont pas toujours armés pour affronter la brutalité de certains échanges ou la pression du regard des autres. Elle n’a pas hésité à dire non à Snapchat pour ses élèves. Refuser une appli, ce n’est pas brider la liberté d’un enfant, c’est parfois lui donner le temps de grandir à son rythme, loin des regards indiscrets et des sollicitations permanentes.
Snapchat n’a rien d’une zone neutre : entre clips anodins et contenus sensibles, l’équilibre est précaire. Avant de céder à l’effet de groupe, mieux vaut prendre un temps de réflexion. On n’interdit pas la télévision parce qu’elle diffuse tout et n’importe quoi, mais on ne la laisse pas non plus tourner sans surveillance. Avec Snapchat, la vigilance et le dialogue restent vos meilleurs alliés. Qui sait ce que vos enfants partageront demain, ou ce qu’ils découvriront en un simple glissement d’écran ?

