Le parc des Schtroumpfs en France, officiellement baptisé Big Bang Schtroumpf, a ouvert ses portes le 9 mai 1989 à Maizières-lès-Metz, en Moselle. Conçu par deux commerçants lorrains, Didier Brenneman et Gérard Kleinberg, ce parc d’attractions à thème s’est implanté dans un bassin minier en pleine reconversion, avec l’ambition de capter un public transfrontalier : français, allemand, belge, luxembourgeois et néerlandais.
Montage financier et pari industriel du Big Bang Schtroumpf
Le projet a été rendu public dès le début de l’année 1985, soit quatre ans avant l’ouverture. Ce délai traduit la complexité du montage : acquisition des droits sur la licence Schtroumpfs créée par le dessinateur belge Peyo, aménagement d’un domaine de plus de 160 hectares au total, et création de près de 1 200 emplois directs pour la saison inaugurale.
Le positionnement géographique n’avait rien d’anodin. La frontière avec l’Allemagne se trouvait à environ 80 km, ce qui plaçait le parc au carrefour de plusieurs bassins de population européens. Ce pari sur le tourisme transfrontalier distinguait le Big Bang Schtroumpf des autres parcs français de l’époque, qui visaient d’abord un marché domestique.
L’offre initiale comprenait une centaine d’attractions. Parmi elles, l’Anaconda, un grand huit en bois propulsant ses passagers à une vitesse de pointe de 100 km/h, constituait la locomotive marketing. Si certains manèges faisaient le plein et si les sculptures thématiques suscitaient l’admiration, l’ensemble restait jugé inégal par la presse spécialisée dès la première saison.

Évolution des noms et changements de propriétaires du parc lorrain
Le nom Big Bang Schtroumpf n’a tenu qu’une saison. Dès 1991, le parc est devenu Walibi Schtroumpf, intégrant le réseau de parcs Walibi. Cette première mutation a marqué le début d’une série de reconfigurations identitaires :
- Big Bang Schtroumpf (1989-1990) : la phase fondatrice, portée par la licence Peyo et un investissement lourd en décors thématiques
- Walibi Schtroumpf (1991-2002) : intégration au groupe Walibi, maintien partiel de l’univers Schtroumpfs mais dilution progressive de l’identité originelle
- Walibi Lorraine (2003-2006) : abandon complet de la marque Schtroumpfs, repositionnement régional
- Walygator Parc puis Walygator Grand Est (depuis 2006, renommé en novembre 2020) : nouveau propriétaire, nouvelle stratégie axée sur les coasters et les zones thématiques sans lien avec les personnages de bande dessinée
Chaque changement de nom correspondait à un changement de propriétaire ou de stratégie commerciale. La licence Schtroumpfs, coûteuse à maintenir, a fini par être abandonnée au profit d’une identité propre.
Vestiges du parc des Schtroumpfs sur le site de Walygator
Contrairement à ce que suggère la nostalgie qui entoure le lieu, aucun parcours patrimonial dédié aux Schtroumpfs n’existe sur le site actuel. Le gestionnaire de Walygator Grand Est n’a pas mis en place de valorisation mémorielle de l’ère Big Bang Schtroumpf. Les décors résiduels, bâtiments désaffectés et zones techniques liés à l’ancien parc restent intégrés au périmètre de la concession.
Ces espaces sont propriété privée, non accessibles en dehors des horaires d’exploitation. Tenter d’y accéder constitue une intrusion illégale, avec des risques concrets : structures instables, débris métalliques, présence potentielle d’amiante et de moisissures. Ce point mérite d’être souligné face aux tentatives d’urbex ou de pèlerinage nostalgique que nous observons régulièrement dans les communautés de passionnés de parcs.

Stratégie coaster et recyclage d’attractions chez Walygator
Le Walygator Grand Est actuel couvre 47 hectares de zone d’attractions sur un domaine total bien plus vaste. La stratégie du parc s’appuie désormais sur l’acquisition et la rénovation de coasters d’occasion plutôt que sur des créations neuves. Un exemple récent : une attraction transférée depuis un autre parc du groupe, entièrement rénovée et intégrée à la zone Pirates, remplaçant le Walynosaure, un manège Zamperla en place depuis l’ouverture de 1989.
Ce Walynosaure n’est pas détruit pour autant : il est promis à un déplacement et une rénovation. Prolonger la durée de vie d’anciens manèges par transfert intra-groupe représente une tendance de fond dans les parcs régionaux européens, où les budgets ne permettent pas de rivaliser avec les investissements des grands groupes.
La norme européenne EN 13814 encadre la conception et la maintenance de ces attractions. Pour un parc comme Walygator, dont certaines structures remontent à la fin des années 1980, le respect de cette norme implique des inspections régulières et des mises à niveau parfois lourdes. La sécurité des manèges anciens repose sur un suivi technique continu, pas uniquement sur leur âge.
Héritage du parc des Schtroumpfs dans l’histoire des parcs à thème en France
Le Big Bang Schtroumpf a ouvert ses portes quelques semaines avant que le projet Euro Disney (futur Disneyland Paris) ne soit officiellement lancé. Nous pouvons considérer qu’il fut l’un des premiers parcs à thème français à grande échelle, bâti sur une licence de bande dessinée européenne plutôt que sur un catalogue américain.
Son échec commercial relatif, qui a conduit aux changements de propriétaires successifs, illustre une difficulté structurelle : un parc régional à thème unique peine à renouveler son public sans investissements massifs et réguliers. La licence Schtroumpfs attirait un public familial, mais ne suffisait pas à justifier des visites répétées.
Le site de Maizières-lès-Metz reste aujourd’hui un parc d’attractions actif sous le nom Walygator Grand Est, avec des saisons qui s’étendent du printemps à l’automne et des événements ponctuels (spectacles, soirées Halloween). La mémoire du parc des Schtroumpfs, elle, vit surtout dans les récits des visiteurs des années 1989-2002 et dans les archives photographiques partagées en ligne par les communautés de passionnés.

